Le bilan prévisionnel est un état financier important pour avoir de la visibilité sur votre projet d’entreprise.
De quoi s’agit-il exactement ? À quoi sert-il ? Comment le construire et comment l’utiliser ? Quelles sont les bonnes pratiques à mettre en œuvre ?
Nous répondons maintenant à vos principales questions sur le bilan prévisionnel en entreprise.
Qu’est-ce qu’un bilan prévisionnel ?
Le bilan prévisionnel est un état financier représentant l’évolution de la situation financière de l’entreprise sur les prochaines années.
Sur la forme, il est évidemment très ressemblant au bilan, avec deux grandes parties :
- L’actif, lui-même composé des immobilisations, des stocks, des créances clients et des comptes bancaires (ou trésorerie) ;
- Le passif, avec capitaux propres, dettes financières, dettes fournisseurs, dettes fiscales et sociales, comptes courants d’associés et découverts bancaires (ou trésorerie négative).
Toutefois, comme son nom l’indique, le bilan prévisionnel se distingue du bilan, sur le fond, par le fait qu’il constitue une prévision financière. Il s’agit en fait d’une projection sur plusieurs années, souvent à horizon 3 ans.
Le bilan prévisionnel constitue un élément du prévisionnel financier parmi d’autres. Ce dernier, construit dès l’élaboration du business plan, inclut aussi le compte de résultat prévisionnel, le plan de financement prévisionnel et le plan de trésorerie prévisionnel.
Comme l’ensemble du prévisionnel financier, le bilan prévisionnel est généralement mis à jour sur un rythme annuel. Il permet alors d’évaluer la situation financière à venir de l’entreprise en tenant compte :
- Des données historiques récentes ;
- Des tendances actuelles du secteur et du marché ;
- Et des nouvelles perspectives.
Pourquoi le bilan prévisionnel est-il important en entreprise ?

Le bilan prévisionnel comme outil de planification
Plusieurs raisons justifient la création et la mise à jour régulière du bilan prévisionnel. Une des raisons majeures est son utilité en matière de planification.
En effet, le bilan prévisionnel donne de la visibilité sur le patrimoine et, plus largement encore, sur la situation financière de la société à moyen et long terme.
Cette visibilité accrue simplifie la gestion d’entreprise. Elle favorise en particulier l’anticipation et la planification des besoins financiers.
Ainsi, le bilan prévisionnel permet de vérifier la faisabilité, la rentabilité et la viabilité du projet d’entreprise. Il fait apparaître clairement la consistance de la base financière de la société, et sa capacité ou non à conforter ses activités et à servir sa croissance.
Il aide également à :
- Identifier les risques, les déficiences et les manques, principalement en termes de ressources ;
- Identifier aussi d’éventuelles opportunités ;
- Adapter le projet et les stratégies en conséquence.
Son rôle dans la prise de décisions
Au vu de ce qui précède, avec sa finalité planificatrice, on comprend déjà que le bilan prévisionnel est un parfait outil de gestion. Il constitue un référentiel, un ensemble de repères permettant aux dirigeants de comparer au fil du temps la situation financière réelle à celle qui était prévue.
Il éclaire ainsi la prise de décisions, notamment en réaction aux écarts constatés entre prévu et réalisé.
Parce qu’il aide les entreprises à concevoir leur avenir financier, le bilan prévisionnel oriente et facilite également les grandes décisions relatives, par exemple :
- À la planification stratégique ;
- Au budget et à l’affectation des ressources ;
- Aux investissements et autres décisions financières.
En rapprochant le bilan prévisionnel d’autres outils de gestion, tels que le plan d’action commercial par exemple, l’entreprise dispose aussi d’une meilleure compréhension globale au moment de prendre des décisions opérationnelles.
Finalement, le bilan prévisionnel est un très bon instrument de pilotage au quotidien. Il l’est en tout cas tout au long de l’année. Toutefois, il faut pour cela bien penser à le mettre à jour annuellement, ou plus régulièrement encore si besoin.
Sa pertinence pour les investisseurs et créanciers
Un autre avantage important que procure le bilan prévisionnel est son intérêt pour appuyer les demandes de financement.
En effet, il est en quelque sorte une simulation financière de l’entreprise sur plusieurs années. Il démontre la solidité financière de l’entreprise, au présent et dans le futur.
Ceci est en premier lieu fort utile aux dirigeants de l’entreprise, bien sûr. Mais c’est également ainsi que le bilan prévisionnel peut rassurer les investisseurs et créanciers sur la capacité de l’entreprise à rembourser ses dettes.
Il permet même de convaincre les investisseurs, établissements de crédit et autres créanciers. Il les aide :
- À mesurer le niveau de risque de leurs investissements ou de leurs prêts à destination de l’entreprise ;
- Et par conséquent à trancher sur un éventuel appui financier et à décider de son ampleur.
Le bilan prévisionnel constitue donc un document stratégique pour la recherche de financements. Il fait apparaître en chiffres la rentabilité à moyen et long terme du projet d’entreprise. Il démontre que ce projet est bien créateur de valeur.
En résumé, le bilan prévisionnel est un excellent outil de communication à destination des investisseurs, des prêteurs et même des actionnaires.
Bilan prévisionnel : comment est-il structuré ?
Les actifs du bilan prévisionnel
La première partie du bilan prévisionnel présente les estimations chiffrées des actifs de l’entreprise, autrement dit de tout ce qu’elle prévoit de posséder.
La présentation la plus commune consiste à ordonner les différentes catégories d’actifs par ordre croissant de liquidité :
- D’abord, les immobilisations incorporelles (fonds de commerce, marques, brevets, licences, droits d’auteur…), qui forment les actifs les moins facilement convertibles en monnaie ;
- Les immobilisations corporelles tels que le matériel industriel et informatique, les véhicules, le mobilier, etc. ;
- Les immobilisations financières (actions et titres détenus, prêts accordés, cautions et dépôts de garantie versés…) ;
- Puis les créances clients, c’est-à-dire les factures émises en attente d’encaissement, en rapport aux délais de paiement ;
- Les stocks de matières premières, marchandises, approvisionnements non consommés et des produits prêts à être vendus ;
- Et enfin la trésorerie, avec d’une part les valeurs mobilières de placement (VMP, actifs acquis dans le but d’une revente avec plus-value) et d’autre part les disponibilités en liquidité immédiate (comptes bancaires et fonds de caisse).
Les passifs du bilan prévisionnel
Dans sa deuxième partie, le tableau qui forme le bilan prévisionnel évalue le futur passif de la société. Cela représente ses ressources, éléments provenant de créanciers qu’il faut prévoir de rembourser.
Le bilan prévisionnel classe généralement les éléments du passif par ordre croissant d’exigibilité :
- En premier, les capitaux propres (capital social apporté par les actionnaires ou associés, et cumul des bénéfices non distribués), dont les échéances de remboursement sont en principe les plus éloignées ;
- Les dettes financières, correspondant aux emprunts et aux apports en comptes courants d’associés à rembourser ;
- Puis les dettes fournisseurs, car les délais de paiement sur les achats de biens et services forment bien un moyen de financement à court terme ;
- Les dettes fiscales et sociales, autres dettes relatives à l’activité de l’entreprise (impôts, TVA et autres taxes à payer, salaires et autres dettes envers le personnel, rémunération du dirigeant, dettes auprès de l’URSSAF et des autres organismes sociaux…) ;
- Et enfin les découverts bancaires et facilités de caisse, parfois nommés « trésorerie négative », généralement le dernier recours pour du financement à court terme.
Les comptes de régularisation
Comme c’est le cas pour établir des situations comptables intermédiaires ou le bilan comptable en fin d’exercice, les comptes de régularisation peuvent apparaître aussi dans le bilan prévisionnel.
Il s’agit de se projeter à la date cible de ce prévisionnel et d’évaluer ce que seront alors :
- À l’actif, les charges constatées d’avance (primes d’assurance par exemple) et les charges à payer (se rapportant à des dettes financières, fournisseurs, fiscales ou sociales) ;
- Les produits constatés d’avance et les produits à recevoir (factures à établir, dégrèvements d’impôts attendus, intérêts courus non perçus, etc.)
Comment construire le bilan prévisionnel ?

Faire un bilan prévisionnel consiste d’abord à construire un tableau avec deux parties principales : l’actif et le passif. Chaque ligne représente une catégorie d’actifs et de passifs, dans l’ordre indiqué ci-dessus.
Chaque colonne représente une date. Si, en début d’année N, vous réalisez un bilan prévisionnel à horizon 3 ans, par exemple, les 3 colonnes seront les fins d’années N, N+1 et N+2.
Ainsi, la forme du bilan prévisionnel est facile à établir. Le fond est évidemment plus complexe.
Pour chiffrer chaque ligne, vous devez :
- Vous projeter à la date horizon ;
- Lister tous les éléments constituant l’actif et le passif de votre société à cet horizon.
Une bonne pratique consiste à prendre en compte, dès cette étape, la logique et la réalité économique. Chaque élément d’actif que possède l’entreprise est financé par telle ou telle ressource au passif.
Faire un bilan prévisionnel, c’est d’une certaine façon écrire l’histoire future de la société. C’est dérouler par avance toute sa chronologie opérationnelle et financière.
Cette méthode de travail aide à ne rien oublier. Elle garantit la cohérence des données et l’équilibre final entre actif et passif.
Certes, l’estimation des montants est parfois difficile. Vous pouvez alors vous appuyer sur des experts-comptables.
Réaliser un bilan prévisionnel en deux versions est une autre bonne pratique. Surtout, il faut éviter d’être trop optimiste dans ce travail de projection. Il vaut mieux préparer une version la plus réaliste possible. Optionnellement, vous pouvez aussi construire une version plus pessimiste ou, en tout cas, plus prudente, qui tienne compte de quelques risques et aléas.
Comment lire son budget prévisionnel ?
Pour rechercher son équilibre financier
En lisant votre budget prévisionnel, vous pouvez d’abord vérifier qu’il est bien à l’équilibre.
S’il y a un écart entre le total des actifs et le total des passifs, cela peut révéler des oublis, des erreurs dans les estimations ou les calculs. Vous devez dans ce cas reprendre la construction du bilan prévisionnel.
Mais cela peut aussi révéler que votre projet d’entreprise n’est pas équilibré, voire pas viable. Un tel bilan prévisionnel ne pourra pas convaincre banques et investisseurs de soutenir ce projet.
Si vos prévisions conduisent à des pertes financières, vous devez alors envisager des moyens pour augmenter l’actif ou réduire le passif. À l’inverse, si l’actif est supérieur au passif, vous devriez peut-être optimiser votre trésorerie, ou investir davantage pour vous développer.
Pour calculer 3 indicateurs financiers
Par son formalisme, comme déjà évoqué, le bilan prévisionnel est un bon indicateur pour évaluer le niveau de liquidité des ressources et la structure de financement de votre entreprise.
Il est possible d’aller plus loin en calculant 3 ratios financiers importants à suivre.
En premier lieu, le bilan prévisionnel aide à anticiper le besoin en fonds de roulement (BFR). Cet indicateur correspond au décalage de trésorerie issu de l’activité courante de l’entreprise, aux besoins qu’elle a pour financer son exploitation.
Le BFR se calcule facilement en utilisant quelques lignes du bilan prévisionnel : stock + créances clients – dettes fournisseurs.
S’il en résulte une prévision de BFR trop important, vous pouvez tenter de diminuer les stocks, de recouvrer plus rapidement les créances clients ou de négocier un allongement des délais de paiement.
Le fonds de roulement représente quant à lui l’excédent de ressources stables par rapport aux emplois durables de l’entreprise.
Il se calcule également à partir de plusieurs lignes du bilan prévisionnel : capitaux propres + capitaux empruntés à moyen et long terme (correspondants aux dettes financières) – actifs immobilisés (immobilisations corporelles, incorporelles et financières).
Si la prévision est négative sur le long terme, vous pouvez envisager notamment d’augmenter les fonds propres.
Enfin, le troisième indicateur, la trésorerie nette, résulte des deux précédents. Il se calcule ainsi : fonds de roulement – besoin en fonds de roulement.
Si la trésorerie nette résultante de votre bilan prévisionnel est positive, cela signifie que votre projection vous conduit à disposer de liquidités utilisables immédiatement. Si au contraire elle est négative, vos prévisions indiquent un recours au découvert bancaire ou à l’endettement à court terme.